L’inflation et le pouvoir d’achat
L’inflation et le pouvoir d’achat expliqués avec des pourcentages : hausses cumulées, salaire réel, taux réel d’un placement, et le panier qui grimpe.
📚 Avant de commencer, il faut savoir : Calculer un pourcentage , Intérêts composés et épargne
Inflation : les prix montent, et le même billet achète moins de choses.
« Avec 100 €, avant, on remplissait le caddie ! » Ce n’est pas qu’une impression : entre 2020 et 2024, les prix ont augmenté d’environ 14 % en France.
Le panier à 100 € coûte donc environ 114 €. Votre billet n’a pas changé, mais il achète moins : pour savoir si l’on s’enrichit, il faut comparer la hausse des salaires à celle des prix.
Ce que mesure l’inflation
L’inflation est la hausse générale et durable des prix. En France, elle est mesurée par l’Insee grâce à l’indice des prix à la consommation, calculé à partir des prix de centaines de milliers de produits et services (alimentation, énergie, loyers, transports…). Un taux d’inflation de 2 % sur un an signifie qu’en moyenne, ce qui coûtait 100 € coûte 102 € un an plus tard.
Le pouvoir d’achat, c’est la quantité de biens et de services qu’un revenu permet d’acheter. Si votre salaire augmente moins vite que les prix, votre pouvoir d’achat baisse, même si le montant sur votre fiche de paie augmente.
Le panier qui grimpe
Réglez un taux d’inflation et un nombre d’années, ou choisissez le scénario réel français 2021-2024. Les barres orange montrent le prix d’un panier qui coûtait 100 € au départ ; la courbe bleue suit un salaire qui augmente chaque année du pourcentage choisi.
■ prix du panier (100 € au départ) ● salaire (indice 100 au départ)
Les hausses de prix se multiplient
Comme pour les intérêts composés, les hausses de prix successives ne s’additionnent pas : elles se multiplient. Selon l’Insee, l’inflation moyenne a été d’environ 1,6 % en 2021, 5,2 % en 2022, 4,9 % en 2023 et 2,0 % en 2024 (valeurs arrondies).
- Coefficients multiplicateurs : 1,016 ; 1,052 ; 1,049 ; 1,020.
- Coefficient global : .
- Hausse cumulée : environ +14,4 % (et non ).
- Valeur de 100 € de 2020 : €. En 2024, votre billet n’achète plus que ce qui coûtait environ 87 € en 2020.
Avec une inflation constante de par an pendant années :
et une somme ne vaut plus, en euros de départ, que .
Règle des 72 appliquée aux prix : à 2 % d’inflation par an, les prix doublent en environ ans.
Salaire réel et taux réel
Si un revenu est multiplié par et les prix par , le pouvoir d’achat est multiplié par
Pour des petits pourcentages, l’évolution du pouvoir d’achat vaut environ .
En 2023, Karim obtient +3 % de salaire. L’inflation de l’année est de 4,9 %.
: son pouvoir d’achat a baissé d’environ 1,8 %, malgré l’augmentation. L’approximation points donnait déjà une bonne idée.
Un livret rapportant 3 % en 2023 face à une inflation de 4,9 % : 1 000 € deviennent 1 030 €, mais ne permettent plus d’acheter que l’équivalent de € de l’année précédente. Le taux réel était négatif, environ −1,8 %. À l’inverse, un placement à 3 % avec 1 % d’inflation a un taux réel d’environ +2 %.
Pourquoi « s − i » est une bonne approximation— facultatif, à sauter en première lecture
On a . Quand est petit (quelques pour cent), le dénominateur est très proche de 1, donc le résultat est très proche de . Avec et : exactement , contre 3 % pour l’approximation. En période d’hyperinflation ( = 100 % ou plus), l’approximation devient complètement fausse : il faut faire le vrai calcul.
Les pièges
- « L’inflation baisse » ne veut pas dire « les prix baissent » : passer de 5 % à 2 % d’inflation signifie que les prix augmentent moins vite, mais ils augmentent toujours. Une vraie baisse des prix s’appelle la déflation.
- On n’additionne pas les taux d’inflation de plusieurs années : on multiplie les coefficients.
- L’inflation est une moyenne : selon que vous roulez beaucoup, chauffez au fioul ou êtes locataire, votre « inflation personnelle » peut être nettement différente du chiffre officiel.
- Comparer des prix anciens sans corriger de l’inflation n’a pas de sens : un salaire de 1 500 € en 2000 n’a pas le même pouvoir d’achat qu’un salaire de 1 500 € aujourd’hui.
L’histoire de la monnaie est pleine d’épisodes d’inflation. Le plus célèbre reste l’Allemagne de 1923 : les prix doublaient en quelques jours, les salaires étaient payés deux fois par jour, et à l’automne une miche de pain coûtait des centaines de milliards de marks. En France, l’inflation des années 1940 et 1950 est telle que le général de Gaulle lance le nouveau franc le 1ᵉʳ janvier 1960 : on supprime deux zéros, 100 anciens francs deviennent 1 nouveau franc. Des décennies plus tard, certains continuaient à compter « en anciens francs » ! Puis, le 1ᵉʳ janvier 2002, l’euro arrive dans les porte-monnaie, à raison de 1 € pour 6,559 57 francs.
À quoi ça sert dans la vraie vie ?
- Négocier une augmentation : avec une inflation de 2,5 %, une hausse de salaire de 2 % représente en réalité une petite perte de pouvoir d’achat (environ −0,5 %).
- Indexer un loyer ou une pension : un loyer de 800 € révisé chaque année selon un indice qui progresse de 3 % passe à 824 € ; sur 5 ans au même rythme, à environ 927 €.
- Préparer sa retraite : avec 2 % d’inflation par an, 1 000 € dans 20 ans n’auront que le pouvoir d’achat d’environ 673 € d’aujourd’hui.
- Comparer des prix d’époques différentes : une baguette qui passe de 0,90 € à 1,10 € a augmenté de 22 % ; à comparer à l’inflation générale sur la même période.
- Évaluer une épargne : un placement qui rapporte 1,5 % quand l’inflation est à 2 % fait perdre environ 0,5 % de pouvoir d’achat par an, même si le solde augmente.