Limites de suites
Limites de suites en Terminale : limite finie ou infinie, suites géométriques, opérations, gendarmes et convergence monotone, avec une animation.
📚 Avant de commencer, il faut savoir : Suites arithmétiques et géométriques
Une suite a une limite quand ses termes s’approchent autant qu’on veut d’un nombre.
Un patient prend 100 mg d’un médicament chaque matin, et son corps en élimine la moitié en 24 h. Dans son sang, il y a 100 mg, puis 150, 175, 187,5…
La quantité s’approche de 200 mg sans jamais la dépasser : c’est la limite de la suite. Le médecin doit la connaître avant de prescrire.
Suite convergente : limite finie
Dire qu’une suite « s’approche de », c’est dire que ses termes finissent par être aussi proches de qu’on le souhaite, et qu’ils le restent.
La suite a pour limite le réel si tout intervalle ouvert contenant contient tous les termes de la suite à partir d’un certain rang.
On note et on dit que la suite converge vers .
Le plus souvent, on prend un intervalle centré : , avec (« epsilon ») un petit nombre positif. Choisis une suite, puis réduis avec le curseur : la bande verte se resserre, le rang recule… mais il existe toujours. Les points rouges sont les termes hors de la bande : il n’y en a qu’un nombre fini.
Remarque la deuxième suite : ses termes sont tantôt au-dessus, tantôt au-dessous de 1. Une suite convergente n’a pas besoin d’être monotone.
Vers 450 av. J.-C., le philosophe grec Zénon d’Élée invente un paradoxe célèbre : le rapide Achille ne rattraperait jamais une tortue partie avant lui, car chaque fois qu’il atteint l’endroit où elle était, elle a un peu avancé… et il reste une infinité d’étapes à franchir ! La réponse se trouve dans les limites : une infinité de durées de plus en plus petites peut avoir une somme finie, comme qui se rapproche de 1. Vers 250 av. J.-C., Archimède sait déjà utiliser une telle somme infinie, , pour calculer l’aire d’un morceau de parabole. La définition moderne de la limite, elle, ne date que du XIXe siècle.
Limite infinie et divergence
La suite a pour limite si tout intervalle contient tous les termes de la suite à partir d’un certain rang : les termes finissent par dépasser n’importe quel seuil , aussi grand soit-il.
On définit de même . Une suite qui ne converge pas est dite divergente.
Une suite divergente peut tendre vers (comme ), vers , ou n’avoir aucune limite, comme qui alterne indéfiniment entre et .
Les limites à connaître
- ;
- .
Pour une suite géométrique :
- si , ;
- si , ;
- si , la suite est constante égale à 1 ;
- si , la suite n’a pas de limite.
Pour combiner ces limites, on utilise des règles intuitives : somme, produit et quotient se comportent « comme on s’y attend ». Seuls quatre cas posent problème, ce sont les formes indéterminées :
Face à une forme indéterminée, il faut transformer l’écriture, souvent en factorisant par le terme qui domine.
Comparaison et gendarmes
- Si à partir d’un certain rang et , alors .
- Théorème des gendarmes : si à partir d’un certain rang et si et convergent vers la même limite , alors .
Une suite croissante et majorée converge. Une suite décroissante et minorée converge.
Une suite croissante non majorée tend vers .
Ce théorème prouve l’existence de la limite, sans dire combien elle vaut : il faut ensuite la calculer.
Pourquoi c’est vrai ?— facultatif, à sauter en première lecture
Pourquoi tend vers quand ? Écris avec . On montre par récurrence l’inégalité de Bernoulli : pour tout entier naturel , .
- Pour : . ✓
- Si , on multiplie par : .
Or car . Le théorème de comparaison donne alors .
Exemples résolus
Avec 100 mg pris chaque jour et la moitié éliminée en 24 h, la quantité (en mg) juste après la -ième prise vérifie , avec . On montre (en posant , qui est géométrique de raison 0,5) que :
- Comme , .
- Donc .
Le traitement se stabilise autour de 200 mg, sans jamais les dépasser.
Limite de : le numérateur et le dénominateur tendent vers , c’est la forme . On factorise par :
Comme et tendent vers 0, . C’est la troisième suite du widget.
Limite de . Pour tout , , donc :
Les deux « gendarmes » tendent vers 2, donc .
- « Les termes se rapprochent de 2 » ne suffit pas : se rapproche de 2 à chaque rang, mais sa limite est 1 ! Il faut que les termes finissent par rester aussi près qu’on veut.
- ne vaut pas 0 : (factorise par ).
- Croissante ne veut pas dire « tend vers » : est croissante et converge vers 1.
À quoi ça sert dans la vraie vie ?
- Pharmacologie : pour un médicament pris chaque jour, la limite de la suite des quantités donne la dose d’équilibre. Avec 100 mg par jour et 50 % éliminés, le patient se stabilise à 200 mg : le médecin vérifie que ce niveau est efficace et sans danger.
- Physique : une balle lâchée de 2 m remonte à 70 % de sa hauteur à chaque rebond. Les hauteurs tendent vers 0, et la distance totale parcourue converge vers environ 11,3 m : la balle s’arrête en un temps fini.
- Informatique : un ordinateur peut calculer avec la suite de Héron () qui converge si vite qu’en 5 étapes on a plus de 10 décimales exactes.
- Écologie : un lac contient 10 tonnes de polluant, 20 % sont filtrées chaque année et 1 tonne est rejetée. La quantité tend vers 5 tonnes : la limite dit si la norme sera un jour respectée.
- Finance : un capital placé à 3 % par an suit , qui tend vers ; une voiture qui perd 15 % de sa valeur par an voit sa cote tendre vers 0.