Le raisonnement par récurrence
Le raisonnement par récurrence en Terminale : initialisation, hérédité, conclusion, illustrés par des dominos animés et des exemples rédigés pas à pas.
📚 Avant de commencer, il faut savoir : Suites arithmétiques et géométriques
Si le premier domino tombe et que chacun fait tomber le suivant, tous tombent.
, , , : toujours un carré ! Mais vérifier un million de cas ne prouve rien pour tous les entiers.
Le raisonnement par récurrence le prouve en deux étapes, comme une rangée de dominos.
Le principe des dominos
Imagine une rangée infinie de dominos numérotés 1, 2, 3… Pour être sûr qu’ils tomberont tous, deux choses suffisent :
- le premier domino tombe ;
- chaque domino, s’il tombe, fait tomber le suivant.
Alors le domino 1 fait tomber le 2, qui fait tomber le 3, et ainsi de suite, sans fin. Remplace « le domino tombe » par « la propriété est vraie » : tu as le raisonnement par récurrence.
Soit une propriété qui dépend d’un entier naturel , et un entier. Si :
- Initialisation : est vraie ;
- Hérédité : pour tout entier , si est vraie, alors est vraie ;
alors conclusion : est vraie pour tout entier .
Les mathématiciens ont utilisé ce raisonnement bien avant de lui donner un nom. En 1575, l’Italien Francesco Maurolico s’en sert pour prouver que la somme des premiers nombres impairs est un carré, exactement l’exemple 1 de cette leçon ! Vers 1654, Blaise Pascal l’écrit très clairement dans son Traité du triangle arithmétique, avec ses deux « lemmes » qui ressemblent à notre initialisation et à notre hérédité. Le nom « induction mathématique » apparaît en 1838 sous la plume de l’Anglais Augustus De Morgan. Et en 1889, l’Italien Giuseppe Peano place ce principe parmi les axiomes qui définissent les nombres entiers eux-mêmes.
Dans l’hérédité, on suppose que est vraie pour un certain (c’est l’hypothèse de récurrence) et on démontre . On ne suppose pas que la propriété est vraie partout : on montre seulement que la vérité se transmet d’un rang au suivant.
Pourquoi c’est vrai ?— facultatif, à sauter en première lecture
Pourquoi le principe de récurrence est-il valable ? Raisonnons par l’absurde : supposons l’initialisation et l’hérédité vraies, mais que soit fausse pour au moins un entier .
Parmi ces entiers « mauvais », il y en a un plus petit, notons-le (tout ensemble non vide d’entiers naturels a un plus petit élément). Comme est vraie, , donc . Et n’est pas mauvais, puisque est le plus petit : est vraie. Par hérédité, est vraie… contradiction ! Il n’y a donc aucun entier mauvais.
Choisis un scénario puis pousse le premier domino. Dans le premier cas, toute la chaîne tombe. Dans les deux autres, il manque une des deux conditions… et la preuve s’effondre.
Exemple 1 : la somme des nombres impairs
Notons : « ».
Initialisation. Pour : le membre de gauche vaut et . Donc est vraie.
Hérédité. Soit tel que est vraie. Alors :
C’est exactement , car le -ième nombre impair est .
Conclusion. est vraie et la propriété est héréditaire : est vraie pour tout .
Exemple 2 : majorer une suite
La récurrence sert énormément pour étudier les suites définies par .
Un patient prend 100 mg d’un médicament par jour et en élimine la moitié en 24 h : et . Montrons que pour tout .
Initialisation. : vrai.
Hérédité. Supposons . En multipliant par (positif, le sens ne change pas) : . En ajoutant 100 : .
Conclusion. Pour tout , : la dose ne dépassera jamais 200 mg.
On montrerait de même que la suite est croissante () : croissante et majorée, elle converge.
Exemple 3 : l’inégalité de Bernoulli
Initialisation. Pour : et . On a bien .
Hérédité. Supposons . On multiplie par , qui est positif :
car . C’est .
Conclusion. L’inégalité est vraie pour tout .
Cette inégalité explique pourquoi tend vers quand : en posant , on a , qui tend vers .
Les pièges
Considère : « est divisible par 9 ». L’hérédité marche ! Si , alors
Pourtant, , … ne sont pas divisibles par 9. La propriété est fausse pour tout : l’hérédité seule ne prouve rien, c’est le scénario « personne ne pousse le premier domino ».
- Écris clairement avant de commencer.
- Dans l’hérédité, repère l’endroit où tu utilises l’hypothèse de récurrence : c’est le cœur de la preuve.
- Vérifie que ton initialisation est au bon rang : 0, 1 ou un autre selon l’énoncé.
À quoi ça sert dans la vraie vie ?
- Informatique : pour prouver qu’un programme avec une boucle est correct, on montre qu’une propriété (un « invariant ») est vraie avant la boucle et reste vraie après chaque tour. C’est une récurrence, utilisée pour certifier les logiciels des avions ou du métro automatique.
- Jeux et algorithmes : aux tours de Hanoï, on démontre par récurrence qu’il faut déplacements pour disques. Avec 64 disques, cela fait environ coups : des milliards de siècles à un coup par seconde.
- Finance : la formule d’un placement à 3 % se démontre par récurrence. 2 000 € deviennent environ 3 612 € au bout de 20 ans.
- Réseaux : dans un groupe de personnes qui se saluent toutes, il y a poignées de main (récurrence : la -ième personne en ajoute ). Pour 30 élèves, cela fait 435 poignées de main.