Dix constantes célèbres en mathématiques
Dix constantes célèbres des mathématiques : 0, 1, √2, π, e, φ, i, le googol, 1729 et 6174. Leur histoire, leurs secrets et une loupe à décimales.
Certains nombres sont des stars : ils ont un nom, un symbole, une histoire.
Ils ont un nom, un symbole, parfois une fête annuelle ou un fan-club. Par exemple, , et ses décimales ne s’arrêtent jamais !
Voici notre palmarès des dix constantes célèbres : des plus simples (0 et 1) aux plus mystérieuses (π, e, φ), plus trois curiosités qui font sourire les mathématiciens.
Plusieurs de ces stars ont une infinité de décimales sans motif qui se répète. Pour le voir, prends la loupe : choisis une constante, puis clique sur Zoomer ×10. À chaque zoom, la droite est découpée en 10 cases et la constante tombe dans l’une d’elles : le numéro de cette case, c’est la décimale suivante !
Tu peux zoomer autant que tu veux : on ne tombe jamais pile sur une graduation. C’est la marque d’un nombre irrationnel.
1. Zéro, le rien qui change tout
Pendant des siècles, on a compté sans zéro ! Les Babyloniens laissaient un espace, puis un petit signe, pour dire « rien à cette place », les Mayas avaient leur propre zéro, mais c’est en Inde que zéro devient un vrai nombre : en 628, l’astronome Brahmagupta écrit des règles pour calculer avec lui. Fibonacci le fait connaître en Europe en 1202.
Zéro a une règle d’or : on ne divise jamais par 0. Pourquoi ? Si valait un nombre , on aurait . Or , toujours. Impossible !
2. Un, le plus solitaire des nombres
Multiplier par 1 ne change rien : . C’est l’élément neutre de la multiplication. Et attention : 1 n’est pas un nombre premier, car il n’a qu’un seul diviseur.
Le savais-tu ? (avec des 9 à l’infini) est égal à 1. Preuve express : , et en multipliant par 3, on obtient
3. Racine de 2, le nombre qui a fâché Pythagore
est la longueur de la diagonale d’un carré de côté 1 (merci Pythagore : ). Une tablette babylonienne, appelée YBC 7289 et datée vers 1800 – 1600 av. J.-C., en donne déjà une valeur juste à environ un millionième près !
Les disciples de Pythagore découvrent que ne peut pas s’écrire comme une fraction. Selon une légende, l’un d’eux, Hippase, aurait été jeté à la mer pour avoir révélé ce secret.
Pourquoi √2 n’est pas une fraction— facultatif, à sauter en première lecture
Supposons que avec une fraction irréductible. Alors , donc est pair, donc est pair : . On remplace : , donc et est pair aussi. Mais alors et sont tous deux pairs : la fraction se simplifie par 2. Contradiction ! Donc n’est pas une fraction.
4. Pi, la star des cercles
Dans n’importe quel cercle, le périmètre divisé par le diamètre donne toujours le même nombre : . Archimède l’a coincé entre et vers 250 av. J.-C. ; aujourd’hui, des ordinateurs en ont calculé plus de 100 000 milliards de décimales. Pour la plupart des calculs de la NASA, une quinzaine suffit !
Exemple : une roue de vélo de 70 cm de diamètre avance de cm à chaque tour. En 1 000 tours de roue, tu parcours environ 2,2 km.
En 1897, aux États-Unis, un médecin amateur de mathématiques persuade des députés de l’Indiana de voter un projet de loi : il prétendait avoir « résolu » la quadrature du cercle, et sa méthode revenait à donner à π une valeur fausse (on y lit même 3,2). Les députés votent le texte à l’unanimité ! Par chance, un professeur de mathématiques, Clarence Waldo, se trouve ce jour-là au Parlement de l’État. Il explique l’erreur aux sénateurs, qui reportent le vote… pour toujours. Leçon : en maths, on ne vote pas, on démontre.
5. Le nombre e, le champion de la croissance
est apparu en 1683, quand Jacques Bernoulli étudiait… des intérêts bancaires ! Euler lui donne son nom, la lettre , vers 1730. Imagine 1 € placé à 100 % par an, avec des intérêts versés de plus en plus souvent :
- une fois par an : € ;
- chaque mois : € ;
- chaque jour : €.
Même en versant les intérêts chaque seconde, tu ne dépasseras jamais €. Fais l’essai avec la loupe : e cache lui aussi une infinité de décimales.
6. Le nombre d’or φ, le plus « harmonieux »
s’appelle le nombre d’or. Euclide l’étudiait déjà sous le nom de « partage en extrême et moyenne raison ». Il a une propriété magique : . Vérifie : . Et les quotients de deux nombres consécutifs de la suite de Fibonacci s’en rapprochent : , , .
On lit partout que le Parthénon, la Joconde ou le corps humain suivent le nombre d’or. La plupart de ces affirmations sont exagérées : en choisissant bien ses mesures, on « trouve » 1,6 un peu partout ! En revanche, les tournesols et les pommes de pin cachent vraiment des nombres de Fibonacci dans leurs spirales.
7. Le nombre i, l’imaginaire bien réel
Aucun nombre « normal » n’a un carré négatif. Les mathématiciens ont donc inventé , avec . Les Italiens Cardan (en 1545) et Bombelli (en 1572) osent calculer avec ces racines « impossibles » ; Descartes les qualifie d’imaginaires en 1637, et Euler choisit la lettre en 1777.
Les puissances de tournent en boucle : , , , , puis ça recommence. Donc . Et la formule la plus célèbre des maths réunit cinq stars de cette page : .
8. Le googol, le très, très grand
Un googol, c’est : un 1 suivi de 100 zéros. Le nom a été inventé vers 1920 par Milton Sirotta, 9 ans, neveu du mathématicien américain Edward Kasner, qui l’a rendu célèbre. Les fondateurs de Google se sont inspirés de ce mot (avec une faute d’orthographe !).
Pour comparer : l’univers observable contient environ atomes. Un googol, c’est donc , soit cent milliards de milliards de fois plus.
9. 1729, le nombre du taxi
Vers 1918, le mathématicien anglais G. H. Hardy rend visite à son ami indien Srinivasa Ramanujan, malade. Il lui dit que son taxi portait le numéro 1729, « un nombre plutôt ennuyeux ». Ramanujan répond aussitôt que non : c’est le plus petit nombre qui s’écrit de deux façons comme somme de deux cubes !
10. 6174, le trou noir de Kaprekar
Prends un nombre de 4 chiffres (pas tous identiques). Range ses chiffres du plus grand au plus petit, puis du plus petit au plus grand, et soustrais. Recommence avec le résultat… Tu tombes toujours sur 6174, en 7 étapes au maximum ! Le mathématicien indien D. R. Kaprekar l’a découvert vers 1949.
- Et ensuite ? : on est coincé pour toujours !
À quoi ça sert dans la vraie vie ?
- À l’imprimerie : une feuille A4 mesure 21 cm sur 29,7 cm, et . Grâce à ce rapport, plier une A3 en deux donne exactement une A4, sans bande blanche à la photocopieuse.
- En vélo ou en voiture : le compteur calcule ta vitesse avec π. Une roue de 66 cm de diamètre parcourt m par tour.
- À la banque et en biologie : le nombre e sert à décrire tout ce qui grandit ou diminue « en pourcentage » : épargne, populations de bactéries, ou datation au carbone 14 d’un os préhistorique.
- En électricité : les ingénieurs utilisent le nombre (qu’ils notent souvent ) pour calculer les courants alternatifs des prises électriques, à 50 oscillations par seconde en France.