Étendue et quartiles
Étendue, premier et troisième quartiles, écart interquartile et boîte à moustaches : mesurer la dispersion d’une série statistique, pas à pas.
📚 Avant de commencer, il faut savoir : Statistiques : moyenne et médiane
L’étendue et les quartiles disent si les valeurs sont regroupées ou dispersées.
Deux classes ont 11 de moyenne au contrôle. Dans la première, les notes vont de 9 à 13 ; dans la seconde, de 2 à 19 !
Même centre, mais dispersion très différente : l’étendue vaut 4 d’un côté, 17 de l’autre.
L’étendue
L’étendue d’une série statistique est la différence entre la plus grande et la plus petite valeur :
Avec les notes de 9 à 13, l’étendue vaut . Avec les notes de 2 à 19, elle vaut : la seconde série est beaucoup plus dispersée.
L’étendue est très simple à calculer, mais elle a un défaut : elle ne dépend que de deux valeurs. Un seul élève absent qui a eu 0 suffit à la faire exploser.
Les quartiles
L’idée : ranger les valeurs dans l’ordre croissant, puis les couper en quatre paquets d’environ 25 % chacun. Les valeurs « frontières » s’appellent les quartiles.
Les valeurs de la série étant rangées dans l’ordre croissant :
- le premier quartile est la plus petite valeur de la série telle qu’au moins 25 % des valeurs lui sont inférieures ou égales ;
- le troisième quartile est la plus petite valeur de la série telle qu’au moins 75 % des valeurs lui sont inférieures ou égales.
- Range les valeurs dans l’ordre croissant.
- Calcule . Si ce n’est pas un entier, arrondis à l’entier supérieur : tu obtiens le rang de .
- Calcule et arrondis de même à l’entier supérieur : c’est le rang de .
Pourquoi c’est vrai ?— facultatif, à sauter en première lecture
Le rang de doit vérifier deux conditions. D’abord, au moins 25 % des valeurs doivent être inférieures ou égales à la -ième valeur : , c’est-à-dire . Ensuite, doit être le plus petit possible.
Le plus petit entier supérieur ou égal à , c’est justement lui-même s’il est entier, et sinon arrondi à l’entier supérieur. Même raisonnement pour avec .
Entre et , on trouve environ la moitié centrale des valeurs. La largeur de cette zone mesure la dispersion sans être perturbée par les valeurs extrêmes.
L’écart interquartile est la différence .
La boîte à moustaches
On résume souvent une série par cinq nombres : minimum, , médiane, , maximum. Le diagramme en boîte, ou boîte à moustaches, les dessine sur un axe : la boîte va de à , un trait marque la médiane, et deux « moustaches » vont jusqu’au minimum et au maximum.
Fais glisser les notes sur l’axe, ajoute ou retire des élèves. Les points bleus sont ceux qui occupent le rang de et de , le ou les points violets donnent la médiane. Essaie de tirer une seule note jusqu’à 0 : l’étendue bondit, mais la boîte bouge à peine !
Le mot « quartile » apparaît à la fin du XIXe siècle, chez des savants anglais comme Francis Galton, cousin de Charles Darwin, qui mesurait des milliers de personnes pour étudier l’hérédité. La boîte à moustaches est bien plus récente : c’est le statisticien américain John Tukey qui l’a popularisée dans les années 1970, notamment dans son livre Exploratory Data Analysis (1977). Tukey aimait inventer des mots : c’est aussi lui qui a proposé le mot « bit », l’unité de base de l’informatique !
Exemples résolus
Voici les temps, en minutes, de 12 coureurs d’un club, déjà rangés :
38 ; 41 ; 42 ; 44 ; 45 ; 45 ; 47 ; 48 ; 50 ; 52 ; 55 ; 61
- Étendue : minutes.
- Q1 : , c’est un entier, donc est la 3e valeur : min.
- Médiane : 12 valeurs, c’est un nombre pair. La médiane est entre la 6e et la 7e valeur : min.
- Q3 : , donc est la 9e valeur : min.
- Écart interquartile : minutes.
Interprétation : au moins un quart des coureurs ont mis 42 minutes ou moins, et la moitié centrale du club termine dans une fourchette de 8 minutes.
Un magasin relève le nombre de clients par heure sur 10 heures : 12 ; 15 ; 18 ; 20 ; 21 ; 24 ; 25 ; 30 ; 34 ; 40.
- , on arrondit à 3 : est la 3e valeur, soit 18.
- , on arrondit à 8 : est la 8e valeur, soit 30.
- Écart interquartile : clients.
Pour comparer deux séries, compare d’abord leurs médianes (laquelle est la plus haute ?), puis leurs écarts interquartiles (laquelle est la plus regroupée ?). Deux boîtes à moustaches dessinées l’une au-dessus de l’autre rendent la comparaison immédiate.
- On range toujours les valeurs avant de chercher un quartile.
- Le rang de s’arrondit toujours à l’entier supérieur, même pour 2,25 → 3.
- Avec cette définition, et sont toujours des valeurs de la série (contrairement à la médiane, qui peut être une moyenne de deux valeurs).
- Si une valeur se répète, compte-la autant de fois qu’elle apparaît.
À quoi ça sert dans la vraie vie ?
- La santé : les courbes de poids des bébés montrent des zones de quartiles. Un bébé de 6 mois qui pèse 7,9 kg, entre et , est dans la moitié centrale des bébés de son âge.
- Les salaires : l’Insee publie les quartiles des salaires. En France, environ un quart des salariés gagnent moins de 1 600 € net par mois et un quart plus de 3 000 € : l’écart interquartile montre les inégalités mieux que la moyenne.
- Les transports : la SNCF mesure la régularité des trains. Une ligne dont les retards ont un écart interquartile de 2 minutes est plus fiable qu’une ligne où il vaut 15 minutes, même si le retard médian est le même.
- Le sport : un entraîneur qui compare deux sprinteurs au 100 m regarde la médiane de leurs temps, mais aussi leur étendue : 11,2 s à 11,4 s, c’est un athlète régulier ; 10,9 s à 12,1 s, c’est un athlète imprévisible.
- Le contrôle qualité : une usine de bouteilles vérifie que le volume reste entre 498 et 502 mL. Si l’étendue des mesures dépasse 4 mL, la machine doit être réglée.