Continuité et théorème des valeurs intermédiaires
Continuité et théorème des valeurs intermédiaires en Terminale : existence et unicité d’une solution de f(x) = k, et encadrement par dichotomie animée.
📚 Avant de commencer, il faut savoir : Les limites de fonctions , Sens de variation et dérivée
Une courbe tracée sans lever le crayon passe par toutes les valeurs intermédiaires.
Un randonneur part d’un refuge à 1 200 m et arrive à un col à 2 100 m. Sans connaître le chemin, tu sais qu’il est passé exactement à 1 500 m : il n’a pas pu « sauter » cette altitude.
Cette évidence est un vrai théorème. Il prouve qu’une équation a une solution… même quand on ne sait pas la calculer.
Fonction continue
Une fonction définie sur un intervalle est continue en (un point de ) si .
Elle est continue sur si elle est continue en chaque point de . Graphiquement : on peut tracer sa courbe sur sans lever le crayon.
- Les fonctions usuelles (polynômes, fonctions rationnelles, racine carrée, exponentielle, logarithme, sinus, cosinus) sont continues sur chaque intervalle où elles sont définies.
- Sommes, produits, quotients et composées de fonctions continues sont continus (là où ils sont définis).
- Une fonction dérivable sur est continue sur . La réciproque est fausse : est continue en 0 mais pas dérivable en 0.
Les fonctions « en escalier » ne sont pas continues : le tarif d’un colis (6,50 € jusqu’à 1 kg, 8 € de 1 à 2 kg…) saute brutalement à chaque palier. Entre 6,50 € et 8 €, aucun prix intermédiaire n’est atteint.
Le théorème des valeurs intermédiaires
Si est continue sur , alors pour tout réel compris entre et , l’équation admet au moins une solution dans .
Pendant des siècles, ce théorème a semblé si évident qu’on ne pensait même pas à le démontrer : une courbe tracée sans lever le crayon doit bien croiser la droite ! C’est le mathématicien et prêtre de Prague Bernard Bolzano qui, en 1817, en publie une démonstration purement « par le calcul », sans s’appuyer sur le dessin. En 1821, Augustin-Louis Cauchy en donne une autre dans son Cours d’analyse de l’École polytechnique, en découpant l’intervalle de plus en plus finement, dans un esprit proche de la dichotomie. Ce travail a obligé les mathématiciens à définir précisément ce qu’est un nombre réel… ce qui ne sera fait que vers 1872, par Dedekind et Cantor.
Il peut y avoir plusieurs solutions si la courbe monte et descend. Pour en garantir une seule, on ajoute la monotonie.
Si est continue et strictement monotone sur , alors pour tout compris entre et , l’équation admet une unique solution dans .
Dans un tableau de variations, une flèche signifie par convention que la fonction est continue et strictement monotone sur l’intervalle correspondant.
Encadrer la solution : la dichotomie
Le TVI dit qu’une solution existe, mais pas combien elle vaut. Pour l’approcher, on coupe l’intervalle en deux : on calcule au milieu , et on garde la moitié où change encore de signe. À chaque étape, l’encadrement est deux fois plus précis.
Choisis une équation puis clique sur « Couper en deux » (ou ▶). Les points rouges sont sous la droite , les verts au-dessus : la solution est toujours coincée entre un rouge et un vert.
Après 10 étapes, l’intervalle est fois plus petit : on a la solution à 0,001 près. En Python, l’algorithme tient en quelques lignes :
def dichotomie(f, a, b, precision):
while b - a > precision:
m = (a + b) / 2
if f(a) * f(m) <= 0:
b = m
else:
a = m
return a, b
Pourquoi c’est vrai ?— facultatif, à sauter en première lecture
Voici l’idée de la preuve, dans le cas . La dichotomie fabrique deux suites : croissante et décroissante, avec à chaque étape et , qui tend vers 0. Ces deux suites sont adjacentes : elles convergent vers une même limite de .
Comme est continue, et tendent toutes les deux vers . En passant à la limite dans les inégalités, on obtient , donc . Le point délicat — l’existence de la limite — repose sur une propriété profonde de : la droite réelle n’a « pas de trous ».
Exemples résolus
Soit sur .
- est un polynôme, donc continue. : est strictement croissante.
- et : 0 est compris entre et .
- D’après le corollaire du TVI, l’équation a une unique solution dans .
- La calculatrice (ou la dichotomie) donne et , donc .
Le bénéfice (en milliers d’euros) d’une start-up qui vend milliers d’abonnements est pour . Elle commence à gagner de l’argent quand dépasse 2.
- sur : est continue et strictement croissante.
- et : la valeur 2 est entre les deux.
- Il existe donc un unique seuil tel que . On trouve : environ 2 000 abonnés.
Si une suite définie par converge vers et si est continue en , alors . C’est ce qui permet de calculer la limite d’une suite dont on sait qu’elle converge.
- Sans continuité, le TVI ne marche pas : vérifie et , mais ne s’annule jamais.
- Le TVI donne au moins une solution. Pour dire « une unique », il faut la stricte monotonie.
- Vérifie bien que est entre et avant d’appliquer le théorème.
À quoi ça sert dans la vraie vie ?
- Calculatrices et logiciels : la touche « solveur » de ta calculatrice utilise des méthodes du type dichotomie. 30 étapes suffisent pour une précision d’un milliardième sur un intervalle de longueur 1.
- Thermique : un four passe de 20 °C à 220 °C en préchauffant ; la température varie continûment, donc il atteint exactement 180 °C à un instant précis, que le thermostat détecte pour couper la chauffe.
- Économie : le seuil de rentabilité d’une entreprise est la solution de « recettes = coûts ». Le TVI garantit son existence avant même de la calculer.
- Ingénierie navale : une bouée sphérique de 1 m de rayon, en matériau de densité 0,6, s’enfonce d’une hauteur solution de . Pas de formule simple : on l’encadre par dichotomie, m.
- Météo : si la température passe de 4 °C à minuit à −3 °C à 6 h, elle a été exactement de 0 °C au moins une fois : risque de verglas, d’où les alertes routières.