Tle 🔢 Nombres et calcul Étape 26 / 29 du parcours

Les nombres complexes

Les nombres complexes en Terminale (maths expertes) : forme algébrique, conjugué, plan complexe, module, argument et multiplication vue comme une rotation.

📚 Avant de commencer, il faut savoir : Le cercle trigonométrique , Les vecteurs , Les fonctions du second degré

Avec i, dont le carré vaut −1, multiplier revient à tourner.

Dans un jeu vidéo, faire tourner un personnage demande des sinus et des cosinus à chaque image. Avec les nombres complexes, une seule multiplication suffit. Multiplier 2+i2 + i par ii donne −1+2i-1 + 2i : le même point, tourné d’un quart de tour.

Accueillis avec méfiance au XVIe siècle, ils font aujourd’hui tourner les moteurs électriques et compressent tes photos et tes musiques.

× i2 + i−1 + 2i1i × i = −1

La forme algébrique

Définition

Il existe un ensemble de nombres, noté C\mathbb{C}, qui contient tous les réels, muni d’une addition et d’une multiplication qui suivent les mêmes règles que dans R\mathbb{R}, et qui contient un nombre ii tel que :

i2=−1i^2 = -1

Tout nombre complexe zz s’écrit de façon unique z=a+ibz = a + ib, avec aa et bb réels : c’est sa forme algébrique. aa est la partie réelle Re(z)\text{Re}(z), bb la partie imaginaire Im(z)\text{Im}(z).

Si b=0b = 0, zz est un réel ; si a=0a = 0, on dit que zz est imaginaire pur. Deux complexes sont égaux quand ils ont même partie réelle et même partie imaginaire.

On calcule comme avec des expressions littérales, en remplaçant i2i^2 par −1-1 :

(2+i)(1+3i)=2+6i+i+3i2=2+7i−3=−1+7i(2 + i)(1 + 3i) = 2 + 6i + i + 3i^2 = 2 + 7i - 3 = -1 + 7i
Conjugué

Le conjugué de z=a+ibz = a + ib est zˉ=a−ib\bar{z} = a - ib. On a z×zˉ=a2+b2z \times \bar{z} = a^2 + b^2, qui est un réel positif.

Le conjugué sert à diviser : on multiplie le numérateur et le dénominateur par le conjugué du dénominateur, ce qui rend celui-ci réel.

Un peu d’histoire

Les nombres complexes ne sont pas nés des équations du second degré, mais du troisième ! En 1545, l’Italien Jérôme Cardan publie une formule pour résoudre les équations de degré 3. Problème : pour x3=15x+4x^3 = 15x + 4, dont la solution x=4x = 4 saute aux yeux, la formule fait apparaître −121\sqrt{-121} ! Vers 1572, Rafael Bombelli ose calculer avec ces racines « impossibles » comme si elles existaient… et retombe bien sur 4. Descartes les qualifie d’« imaginaires » en 1637, Euler introduit la lettre ii en 1777, et autour de 1800, Wessel, Argand puis Gauss les représentent comme des points du plan : c’est le plan que tu vas découvrir.

Le plan complexe

On associe à z=a+ibz = a + ib le point M(a;b)M(a ; b) d’un repère orthonormé : zz est l’affixe de MM (et du vecteur OM→\overrightarrow{OM}). L’axe des abscisses porte les réels, celui des ordonnées les imaginaires purs.

Module et argument
  • Le module de zz est la distance OMOM : ∣z∣=a2+b2|z| = \sqrt{a^2 + b^2}.
  • Si z≠0z \neq 0, un argument de zz, noté arg⁡(z)\arg(z), est une mesure de l’angle (u⃗,OM→)(\vec{u}, \overrightarrow{OM}) entre l’axe des réels et OM→\overrightarrow{OM} (défini à 2π2\pi près).

On peut alors écrire z=∣z∣(cos⁡θ+isin⁡θ)z = |z|(\cos\theta + i\sin\theta) avec θ=arg⁡(z)\theta = \arg(z) : c’est la forme trigonométrique, notée aussi z=∣z∣ eiθz = |z|\,e^{i\theta} (forme exponentielle).

Multiplier, c’est tourner et agrandir

C’est la propriété magique des complexes :

Module et argument d’un produit

Pour zz et ww non nuls :

∣zw∣=∣z∣×∣w∣arg⁡(zw)=arg⁡(z)+arg⁡(w)(aˋ 2π preˋs)|zw| = |z| \times |w| \qquad \arg(zw) = \arg(z) + \arg(w) \quad (\text{à } 2\pi \text{ près})

Autrement dit, multiplier zz par ww, c’est faire tourner zz de l’angle arg⁡(w)\arg(w) autour de OO et multiplier sa distance à OO par ∣w∣|w|. En forme exponentielle : reiθ×r′eiθ′=rr′ ei(θ+θ′)r e^{i\theta} \times r' e^{i\theta'} = rr' \, e^{i(\theta + \theta')}.

Déplace les points zz (bleu) et ww (vert) : le produit zwzw (rouge) se place à l’angle somme, à une distance égale au produit des distances. Clique sur « w=iw = i » : multiplier par ii, c’est tourner d’un quart de tour. Affiche ensuite les puissances de ww : elles s’enroulent en spirale (ou sur le cercle si ∣w∣=1|w| = 1).

Multiplier = tourner et agrandir

Avec w=−1w = -1, on fait un demi-tour : c’est pourquoi (−1)×(−1)=1(-1) \times (-1) = 1 (deux demi-tours font un tour), et pourquoi i×i=−1i \times i = -1 (deux quarts de tour font un demi-tour).

Pourquoi c’est vrai ?— facultatif, à sauter en première lecture

Pourquoi ∣zw∣=∣z∣×∣w∣|zw| = |z| \times |w| ? Écris z=a+ibz = a + ib et w=c+idw = c + id. Alors zw=(ac−bd)+i(ad+bc)zw = (ac - bd) + i(ad + bc), et

∣zw∣2=(ac−bd)2+(ad+bc)2=a2c2+b2d2+a2d2+b2c2,|zw|^2 = (ac - bd)^2 + (ad + bc)^2 = a^2c^2 + b^2d^2 + a^2d^2 + b^2c^2,

car les doubles produits −2abcd-2abcd et +2abcd+2abcd s’annulent. Ce résultat se factorise :

a2(c2+d2)+b2(c2+d2)=(a2+b2)(c2+d2)=∣z∣2 ∣w∣2.a^2(c^2 + d^2) + b^2(c^2 + d^2) = (a^2 + b^2)(c^2 + d^2) = |z|^2\,|w|^2.

Les modules étant positifs, ∣zw∣=∣z∣ ∣w∣|zw| = |z|\,|w|. Pour l’argument, on passe par la forme exponentielle : eiθ×eiθ′=ei(θ+θ′)e^{i\theta} \times e^{i\theta'} = e^{i(\theta + \theta')} découle des formules d’addition du cosinus et du sinus.

Exemples résolus

Exemple 1 : diviser deux complexes

Écrire 3+i1−i\dfrac{3 + i}{1 - i} sous forme algébrique. On multiplie en haut et en bas par 1−i‾=1+i\overline{1 - i} = 1 + i :

(3+i)(1+i)(1−i)(1+i)=3+3i+i+i212+12=2+4i2=1+2i\frac{(3 + i)(1 + i)}{(1 - i)(1 + i)} = \frac{3 + 3i + i + i^2}{1^2 + 1^2} = \frac{2 + 4i}{2} = 1 + 2i
Exemple 2 : faire pivoter un sprite de jeu vidéo

Un vaisseau est au point d’affixe z=4+2iz = 4 + 2i. Pour le faire tourner d’un quart de tour autour de l’origine, on calcule iz=4i+2i2=−2+4iiz = 4i + 2i^2 = -2 + 4i.

Vérification : ∣z∣=16+4=20|z| = \sqrt{16 + 4} = \sqrt{20} et ∣−2+4i∣=4+16=20|-2 + 4i| = \sqrt{4 + 16} = \sqrt{20} : la distance au centre est conservée. Pour une rotation de 30°, on multiplierait par eiπ/6=32+12ie^{i\pi/6} = \frac{\sqrt{3}}{2} + \frac{1}{2}i.

Exemple 3 : une équation sans solution réelle

Résoudre z2−2z+5=0z^2 - 2z + 5 = 0. Le discriminant vaut Δ=4−20=−16<0\Delta = 4 - 20 = -16 < 0 : pas de solution réelle. Mais −16=(4i)2-16 = (4i)^2, donc dans C\mathbb{C} :

z1=2−4i2=1−2iz2=2+4i2=1+2iz_1 = \frac{2 - 4i}{2} = 1 - 2i \qquad z_2 = \frac{2 + 4i}{2} = 1 + 2i

Les deux solutions sont conjuguées. En général, si Δ<0\Delta < 0 : z=−b±i−Δ2az = \dfrac{-b \pm i\sqrt{-\Delta}}{2a}.

Les pièges classiques
  • i2=−1i^2 = -1, mais on n’écrit jamais i=−1i = \sqrt{-1} : la racine carrée n’est définie que pour les réels positifs.
  • La partie imaginaire de 3−5i3 - 5i est −5-5, et non −5i-5i : c’est un réel.
  • ∣a+ib∣=a2+b2|a + ib| = \sqrt{a^2 + b^2}, et non a+ba + b.
  • Pas d’ordre dans C\mathbb{C} : écrire z<wz < w n’a aucun sens pour des complexes non réels.

À quoi ça sert dans la vraie vie ?

  • Électricité : les ingénieurs décrivent un circuit en courant alternatif par une impédance complexe, comme Z=30+40jZ = 30 + 40j ohms (les électriciens notent jj au lieu de ii). Son module ∣Z∣=50|Z| = 50 Ω donne le courant : sous 230 V, I=23050=4,6I = \frac{230}{50} = 4{,}6 A.
  • Musique et images : la transformée de Fourier découpe un son en fréquences à l’aide des nombres eiθe^{i\theta} ; ses variantes sont au cœur des formats MP3 et JPEG. Le MP3 divise ainsi par 10 environ la taille d’un fichier audio.
  • Jeux vidéo et robotique : une rotation d’angle θ\theta se code par une multiplication par eiθe^{i\theta}. Les moteurs 3D utilisent une généralisation, les quaternions, pour orienter caméras et personnages 60 fois par seconde.
  • Fractales : l’ensemble de Mandelbrot est obtenu en itérant z↦z2+cz \mapsto z^2 + c dans le plan complexe ; on colorie chaque point cc selon la vitesse à laquelle ∣z∣|z| dépasse 2.
  • Physique quantique : l’état d’un électron est décrit par une « fonction d’onde » à valeurs complexes ; les ordinateurs quantiques manipulent directement des amplitudes complexes.

🎯 Quiz : vérifie ce que tu as compris

  1. Combien vaut i2 ?

  2. Quelle est la partie réelle de (2 + i)(3 − i) ?

  3. Quel est le module de 6 + 8i ?

  4. Multiplier un nombre complexe par i revient à le faire tourner autour de O de :

  5. Dans un jeu, un robot est en z = 3 + i. On le fait pivoter d’un demi-tour autour de l’origine (multiplication par −1). Quelle est la partie imaginaire de sa nouvelle position ?

  6. Un circuit a pour impédance Z = 6 + 8j ohms. Quel courant (en A) traverse-t-il sous une tension de 230 V ? (I = 230/|Z|)

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