1re 🎲 Probabilités et statistiques Étape 11 / 15 du parcours

Les probabilités conditionnelles

Probabilités conditionnelles en 1re : définition de P_A(B), arbre pondéré, tableau croisé, formule des probabilités totales et indépendance.

📚 Avant de commencer, il faut savoir : Les arbres de probabilités

Une information nouvelle (« sachant que… ») change la probabilité.

Un test repère 90 % des malades, mais se trompe chez 10 % des gens sains. La maladie touche 5 % des gens.

Sur 1 000 personnes : 45 malades positifs… et 95 sains positifs ! Sachant que ton test est positif, le risque d’être malade n’est que d’environ 32 %, pas 90 %.

Sur 1 000 personnes :50 malades45 positifs950 sains95 positifs4595140 tests positifsmalade : 45/140 ≈ 32 %

Définition

Une information change les probabilités. Au lancer d’un dé, P(obtenir 6)=16P(\text{obtenir } 6) = \frac{1}{6}. Mais si l’on sait déjà que le résultat est pair, il ne reste que 2, 4 et 6 : la probabilité d’avoir 6 devient 13\frac{1}{3}. On a restreint l’univers à l’événement « pair ».

Définition

Soient AA et BB deux événements, avec P(A)≠0P(A) \neq 0. La probabilité de BB sachant AA est :

PA(B)=P(A∩B)P(A)P_A(B) = \dfrac{P(A \cap B)}{P(A)}

C’est la proportion des issues de AA qui réalisent aussi BB.

Un peu d’histoire

L’idée de « retourner » une probabilité conditionnelle vient d’un pasteur anglais passionné de mathématiques, Thomas Bayes. Son texte sur le sujet n’a été publié qu’après sa mort : en 1763, son ami Richard Price le retrouve dans ses papiers et le présente à la Royal Society de Londres. Quelques années plus tard, en 1774, le Français Pierre-Simon de Laplace redécouvre la même idée et en fait un outil puissant. La « formule de Bayes » est aujourd’hui partout : diagnostics médicaux, filtres anti-spam, intelligence artificielle…

En multipliant par P(A)P(A), on obtient la formule la plus utilisée :

Probabilité d’une intersection
P(A∩B)=P(A)×PA(B)P(A \cap B) = P(A) \times P_A(B)

C’est exactement la règle « on multiplie le long d’un chemin » de l’arbre pondéré : la seconde branche porte une probabilité conditionnelle.

L’arbre et le tableau croisé

Voici un test de dépistage. On note MM « la personne est malade » et TT « le test est positif ». Les réglages sont :

  • P(M)P(M) : la proportion de malades dans la population ;
  • PM(T)P_M(T) : la probabilité qu’un malade soit détecté (la sensibilité du test) ;
  • PM‾(T)P_{\overline{M}}(T) : la probabilité qu’une personne saine soit faussement positive.

L’arbre donne les probabilités ; le tableau traduit la même situation en effectifs, sur 10 000 personnes. Les cases colorées sont les tests positifs. Fais varier P(M)P(M) : quand la maladie est rare, la plupart des positifs sont… des personnes saines !

Un test de dépistage

T (positif)T̄ (négatif)Total
M (malade)
M̄ (sain)
Total10 000

La formule des probabilités totales

Pour calculer P(T)P(T), on regroupe tous les chemins qui mènent à TT.

Formule des probabilités totales

Si AA et A‾\overline{A} forment une partition de l’univers (avec P(A)≠0P(A) \neq 0 et P(A‾)≠0P(\overline{A}) \neq 0), alors pour tout événement BB :

P(B)=P(A∩B)+P(A‾∩B)=P(A)×PA(B)+P(A‾)×PA‾(B)P(B) = P(A \cap B) + P(\overline{A} \cap B) = P(A) \times P_A(B) + P(\overline{A}) \times P_{\overline{A}}(B)

Plus généralement, si A1,A2,…,AnA_1, A_2, \dots, A_n forment une partition de l’univers, P(B)P(B) est la somme des P(Ai∩B)P(A_i \cap B).

Exemple : retourner l’arbre du dépistage

P(M)=0,05P(M) = 0{,}05, PM(T)=0,9P_M(T) = 0{,}9 et PM‾(T)=0,1P_{\overline{M}}(T) = 0{,}1.

  1. P(M∩T)=0,05×0,9=0,045P(M \cap T) = 0{,}05 \times 0{,}9 = 0{,}045.
  2. P(M‾∩T)=0,95×0,1=0,095P(\overline{M} \cap T) = 0{,}95 \times 0{,}1 = 0{,}095.
  3. Probabilités totales : P(T)=0,045+0,095=0,14P(T) = 0{,}045 + 0{,}095 = 0{,}14.
  4. PT(M)=P(M∩T)P(T)=0,0450,14≈0,321P_T(M) = \dfrac{P(M \cap T)}{P(T)} = \dfrac{0{,}045}{0{,}14} \approx 0{,}321.

Conclusion : un test positif ne signifie « malade » qu’environ une fois sur trois. C’est pourquoi on confirme toujours un dépistage par un second examen.

Pourquoi c’est vrai ?— facultatif, à sauter en première lecture

D’où vient le calcul de PT(M)P_T(M) ? D’après la formule de l’intersection, on peut écrire P(M∩T)P(M \cap T) de deux façons, selon l’événement dont on part :

P(M∩T)=P(M)×PM(T)=P(T)×PT(M)P(M \cap T) = P(M) \times P_M(T) = P(T) \times P_T(M)

En divisant par P(T)≠0P(T) \neq 0, on obtient la formule de Bayes :

PT(M)=P(M)×PM(T)P(T)P_T(M) = \frac{P(M) \times P_M(T)}{P(T)}

où P(T)P(T) se calcule avec la formule des probabilités totales. On voit pourquoi le résultat est petit quand la maladie est rare : le numérateur contient le facteur P(M)P(M).

Exemple : à partir d’un tableau croisé

Dans un lycée de 800 élèves, 480 sont externes, dont 120 font du sport en club ; parmi les 320 demi-pensionnaires, 160 font du sport en club. On choisit un élève au hasard. On note SS « il fait du sport en club » et EE « il est externe ».

  1. PE(S)=120480=0,25P_E(S) = \dfrac{120}{480} = 0{,}25 : on se restreint aux 480 externes.
  2. P(S)=120+160800=0,35P(S) = \dfrac{120 + 160}{800} = 0{,}35.
  3. PS(E)=120280=37≈0,43P_S(E) = \dfrac{120}{280} = \dfrac{3}{7} \approx 0{,}43 : on se restreint aux 280 sportifs.

Dans un tableau, PA(B)P_A(B) se lit en divisant l’effectif de la case « AA et BB » par le total de la ligne (ou colonne) AA, pas par l’effectif total.

Événements indépendants

Définition

Deux événements AA et BB sont indépendants lorsque P(A∩B)=P(A)×P(B)P(A \cap B) = P(A) \times P(B).

Si P(A)≠0P(A) \neq 0, cela revient à dire que PA(B)=P(B)P_A(B) = P(B) : savoir que AA est réalisé ne change pas la probabilité de BB.

Dans l’exemple du lycée, PE(S)=0,25P_E(S) = 0{,}25 alors que P(S)=0,35P(S) = 0{,}35 : être externe et faire du sport en club ne sont pas indépendants.

Les pièges classiques
  • PA(B)P_A(B) et PB(A)P_B(A) sont différentes en général : c’est toute la leçon du dépistage.
  • PA(B)P_A(B) et P(A∩B)P(A \cap B) sont différentes aussi : la première divise par P(A)P(A), pas la seconde.
  • « Indépendants » ne veut pas dire « incompatibles ». Deux événements incompatibles de probabilités non nulles ne sont jamais indépendants : si l’un se produit, l’autre devient impossible.

À quoi ça sert dans la vraie vie ?

  • La médecine : pour une maladie qui touche 1 personne sur 1 000, avec un test sensible à 99 % et 2 % de faux positifs, PT(M)=0,001×0,990,001×0,99+0,999×0,02≈0,047P_T(M) = \frac{0{,}001 \times 0{,}99}{0{,}001 \times 0{,}99 + 0{,}999 \times 0{,}02} \approx 0{,}047. Moins de 5 % des positifs sont malades : les médecins doivent connaître ce calcul.
  • Les filtres anti-spam : un filtre estime PG(spam)P_G(\text{spam}), où GG est l’événement « le mail contient le mot gratuit ». Si 2 % des messages normaux et 40 % des spams contiennent ce mot, avec 30 % de spams au total, un mail contenant « gratuit » est un spam avec une probabilité d’environ 0,9.
  • La justice : le « sophisme du procureur » consiste à confondre P(indice∣innocent)P(\text{indice} \mid \text{innocent}) et P(innocent∣indice)P(\text{innocent} \mid \text{indice}). Cette erreur a déjà conduit à des condamnations injustes.
  • L’assurance : un assureur calcule la probabilité d’un accident sachant l’âge du conducteur. Si 15 % des jeunes conducteurs ont un sinistre par an contre 5 % des autres, la prime n’est pas la même.
  • La météo : « 70 % de chances de pluie demain sachant qu’il pleut aujourd’hui » : les prévisions s’appuient sur des probabilités conditionnelles estimées à partir de décennies de relevés.

🎯 Quiz : vérifie ce que tu as compris

  1. On sait que P(A) = 0,4 et P(A ∩ B) = 0,1. Combien vaut PA(B) ? (en écriture décimale)

  2. On sait que P(A) = 0,6 et PA(B) = 0,5. Combien vaut P(A ∩ B) ? (en écriture décimale)

  3. Une usine a deux machines. La machine A fait 70 % des pièces, avec 2 % de défauts ; la machine B fait 30 % des pièces, avec 5 % de défauts. Quelle est la probabilité qu’une pièce prise au hasard soit défectueuse ? (en écriture décimale)

  4. Même usine : une pièce est défectueuse. Quelle est la probabilité qu’elle vienne de la machine B ? (arrondi au centième)

  5. A et B sont indépendants, P(A) = 0,3 et P(B) = 0,5. Combien vaut P(A ∩ B) ? (en écriture décimale)

  6. Dans un tableau croisé, pour calculer PA(B), on divise l’effectif de « A et B » par :

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