Les probabilités conditionnelles
Probabilités conditionnelles en 1re : définition de P_A(B), arbre pondéré, tableau croisé, formule des probabilités totales et indépendance.
📚 Avant de commencer, il faut savoir : Les arbres de probabilités
Une information nouvelle (« sachant que… ») change la probabilité.
Un test repère 90 % des malades, mais se trompe chez 10 % des gens sains. La maladie touche 5 % des gens.
Sur 1 000 personnes : 45 malades positifs… et 95 sains positifs ! Sachant que ton test est positif, le risque d’être malade n’est que d’environ 32 %, pas 90 %.
Définition
Une information change les probabilités. Au lancer d’un dé, . Mais si l’on sait déjà que le résultat est pair, il ne reste que 2, 4 et 6 : la probabilité d’avoir 6 devient . On a restreint l’univers à l’événement « pair ».
Soient et deux événements, avec . La probabilité de sachant est :
C’est la proportion des issues de qui réalisent aussi .
L’idée de « retourner » une probabilité conditionnelle vient d’un pasteur anglais passionné de mathématiques, Thomas Bayes. Son texte sur le sujet n’a été publié qu’après sa mort : en 1763, son ami Richard Price le retrouve dans ses papiers et le présente à la Royal Society de Londres. Quelques années plus tard, en 1774, le Français Pierre-Simon de Laplace redécouvre la même idée et en fait un outil puissant. La « formule de Bayes » est aujourd’hui partout : diagnostics médicaux, filtres anti-spam, intelligence artificielle…
En multipliant par , on obtient la formule la plus utilisée :
C’est exactement la règle « on multiplie le long d’un chemin » de l’arbre pondéré : la seconde branche porte une probabilité conditionnelle.
L’arbre et le tableau croisé
Voici un test de dépistage. On note « la personne est malade » et « le test est positif ». Les réglages sont :
- : la proportion de malades dans la population ;
- : la probabilité qu’un malade soit détecté (la sensibilité du test) ;
- : la probabilité qu’une personne saine soit faussement positive.
L’arbre donne les probabilités ; le tableau traduit la même situation en effectifs, sur 10 000 personnes. Les cases colorées sont les tests positifs. Fais varier : quand la maladie est rare, la plupart des positifs sont… des personnes saines !
La formule des probabilités totales
Pour calculer , on regroupe tous les chemins qui mènent à .
Si et forment une partition de l’univers (avec et ), alors pour tout événement :
Plus généralement, si forment une partition de l’univers, est la somme des .
, et .
- .
- .
- Probabilités totales : .
- .
Conclusion : un test positif ne signifie « malade » qu’environ une fois sur trois. C’est pourquoi on confirme toujours un dépistage par un second examen.
Pourquoi c’est vrai ?— facultatif, à sauter en première lecture
D’où vient le calcul de ? D’après la formule de l’intersection, on peut écrire de deux façons, selon l’événement dont on part :
En divisant par , on obtient la formule de Bayes :
où se calcule avec la formule des probabilités totales. On voit pourquoi le résultat est petit quand la maladie est rare : le numérateur contient le facteur .
Dans un lycée de 800 élèves, 480 sont externes, dont 120 font du sport en club ; parmi les 320 demi-pensionnaires, 160 font du sport en club. On choisit un élève au hasard. On note « il fait du sport en club » et « il est externe ».
- : on se restreint aux 480 externes.
- .
- : on se restreint aux 280 sportifs.
Dans un tableau, se lit en divisant l’effectif de la case « et » par le total de la ligne (ou colonne) , pas par l’effectif total.
Événements indépendants
Deux événements et sont indépendants lorsque .
Si , cela revient à dire que : savoir que est réalisé ne change pas la probabilité de .
Dans l’exemple du lycée, alors que : être externe et faire du sport en club ne sont pas indépendants.
- et sont différentes en général : c’est toute la leçon du dépistage.
- et sont différentes aussi : la première divise par , pas la seconde.
- « Indépendants » ne veut pas dire « incompatibles ». Deux événements incompatibles de probabilités non nulles ne sont jamais indépendants : si l’un se produit, l’autre devient impossible.
À quoi ça sert dans la vraie vie ?
- La médecine : pour une maladie qui touche 1 personne sur 1 000, avec un test sensible à 99 % et 2 % de faux positifs, . Moins de 5 % des positifs sont malades : les médecins doivent connaître ce calcul.
- Les filtres anti-spam : un filtre estime , où est l’événement « le mail contient le mot gratuit ». Si 2 % des messages normaux et 40 % des spams contiennent ce mot, avec 30 % de spams au total, un mail contenant « gratuit » est un spam avec une probabilité d’environ 0,9.
- La justice : le « sophisme du procureur » consiste à confondre et . Cette erreur a déjà conduit à des condamnations injustes.
- L’assurance : un assureur calcule la probabilité d’un accident sachant l’âge du conducteur. Si 15 % des jeunes conducteurs ont un sinistre par an contre 5 % des autres, la prime n’est pas la même.
- La météo : « 70 % de chances de pluie demain sachant qu’il pleut aujourd’hui » : les prévisions s’appuient sur des probabilités conditionnelles estimées à partir de décennies de relevés.