L’intégration par parties
Intégration par parties en Terminale : la formule tirée de la dérivée d’un produit, comment choisir u et v′, et des calculs d’intégrales pas à pas.
📚 Avant de commencer, il faut savoir : Les primitives , Dérivées usuelles et règles de calcul , Le logarithme népérien
L’intégration par parties échange une intégrale difficile contre une plus facile.
Une primitive de ? Facile. De ? Aussi. Mais de , aucune formule du produit !
La ruse : on dérive , on intègre … et il ne reste plus qu’à intégrer . Résultat : . Comme échanger une carte rare contre une carte utile !
La formule
Soient et deux fonctions dérivables sur , avec et continues. Alors
L’idée : on dérive un facteur ( devient ) et on primitive l’autre ( devient ). Si le choix est bon, la nouvelle intégrale est plus simple que celle de départ.
D’où vient la formule ? De la dérivée d’un produit !— facultatif, à sauter en première lecture
On connaît la dérivée d’un produit : .
Autrement dit, est une primitive de . Intégrons les deux membres entre et (les fonctions sont continues, donc tout est bien défini) :
Par linéarité de l’intégrale, le membre de gauche vaut . Il suffit de faire passer de l’autre côté :
C’est tout ! L’intégration par parties n’est que la règle du produit « lue à l’envers ».
Voir la formule
Dans le plan, place en abscisse et en ordonnée : quand va de à , le point décrit une courbe. Le rectangle pointillé, d’aire , privé du petit rectangle gris, d’aire , est découpé par la courbe en deux morceaux : l’aire orange vaut et l’aire bleue vaut . Déplace et : la somme des deux aires vaut toujours .
Ce dessin suppose et positives et croissantes, mais la formule est vraie dans tous les cas.
Exemples pas à pas
On pose (qu’on va dériver) et (qu’on va primitiver).
- et .
Joli résultat : l’aire sous la courbe de entre 0 et 1 vaut exactement 1.
Astuce : on écrit . On pose et , donc et .
Au passage, on a trouvé qu’une primitive de est .
Ici, on ne sait pas primitiver facilement, mais on sait le dériver : et , donc et .
Bien choisir u et v′
On choisit pour le facteur qui se simplifie en le dérivant, et pour celui qu’on sait primitiver facilement.
- Avec un polynôme et une exponentielle (ou un sinus, un cosinus) : = le polynôme (il perd un degré à chaque dérivation).
- Avec un logarithme : (sa dérivée est bien plus sympathique que lui).
- Mauvais choix : pour , poser et donne : c’est pire qu’au départ ! Si la nouvelle intégrale est plus compliquée, change de choix.
- Oublier le signe moins devant la seconde intégrale.
- Oublier d’évaluer le crochet aux deux bornes : c’est .
- Parfois il faut intégrer par parties deux fois de suite, par exemple pour .
On attribue souvent la formule d’intégration par parties à l’Anglais Brook Taylor, qui l’écrit en 1715 dans un livre au titre latin, Methodus Incrementorum. Le même livre contient la fameuse « formule de Taylor », qui permet d’approcher presque n’importe quelle fonction par des polynômes et que ta calculatrice utilise en coulisses. Mais les idées circulaient déjà : Leibniz et les frères Bernoulli jonglaient avec des transformations du même genre dès la fin du XVIIe siècle. À l’époque, on n’écrivait pas encore les bornes et sur le signe : cette notation n’arrive qu’au début du XIXe siècle, avec Joseph Fourier.
À quoi ça sert dans la vraie vie ?
- En médecine : pour savoir combien de temps un médicament reste en moyenne dans le corps, les pharmacologues calculent avec . Une intégration par parties donne un temps moyen de , soit 5 heures si par heure.
- En fiabilité : si la durée de vie d’une ampoule LED suit une loi exponentielle de paramètre par heure, sa durée de vie moyenne vaut 25 000 heures.
- En physique : une impulsion électrique qui monte puis s’éteint peut suivre (en volts, en millisecondes). Sa « quantité totale » se calcule par parties et vaut exactement 1 V·ms.
- En économie : la valeur actuelle d’un revenu qui croît avec le temps, comme (en euros), se calcule par parties ; on trouve environ 36 000 €.
- En traitement du son et de l’image : les coefficients « de type Fourier », qui permettent de compresser un MP3 ou un JPEG, s’obtiennent souvent par intégrations par parties successives.