Tle 📈 Fonctions Étape 23 / 23 du parcours

Les équations différentielles

Équations différentielles en Terminale : y′ = f, y′ = ay et y′ = ay + b, solutions exponentielles, condition initiale et champ de pentes interactif.

📚 Avant de commencer, il faut savoir : Les primitives , La fonction exponentielle , Le logarithme népérien

Une équation différentielle relie une fonction à sa propre dérivée.

Un café à 90 °C refroidit dans une pièce à 20 °C. Plus il est chaud, plus il refroidit vite : T′=−0,1 (T−20)T' = -0{,}1\,(T - 20).

L’inconnue est une fonction, la température TT, liée à sa dérivée T′T'. Résoudre cette équation, c’est prédire l’avenir du café… et de bien d’autres choses.

90 °C20 °Cvitelentementtemps

Qu’est-ce qu’une équation différentielle ?

Définition

Une équation différentielle est une équation dont l’inconnue est une fonction yy, et qui relie yy à ses dérivées. Une solution sur un intervalle II est une fonction dérivable sur II qui vérifie l’équation pour tout xx de II.

Le cas le plus simple est y′=fy' = f : ses solutions sont exactement les primitives de ff. Par exemple, les solutions de y′=2xy' = 2x sont les fonctions x↦x2+Cx \mapsto x^2 + C.

Un peu d’histoire

Les équations différentielles sont nées avec le calcul de Newton et de Leibniz, à la fin du XVIIe siècle : dès qu’on sait dériver, on peut écrire des lois de la nature sous la forme « la vitesse de changement dépend de l’état ». En 1701, un article anonyme paru à Londres explique qu’un objet chaud se refroidit d’autant plus vite qu’il est plus chaud que l’air ambiant. Son auteur ? Isaac Newton ! C’est la « loi de refroidissement de Newton », celle du café de l’exemple 1. Dès les années 1690, les frères Bernoulli, puis Euler au XVIIIe siècle, apprennent à résoudre des familles entières de ces équations.

L’équation y′ = ay

Elle traduit une situation très fréquente : la vitesse de variation est proportionnelle à la quantité. Une population de bactéries qui grandit d’autant plus vite qu’elle est nombreuse, un produit radioactif qui se désintègre d’autant plus vite qu’il en reste beaucoup…

Solutions de y′ = ay (a réel)

Les solutions sur R\mathbb{R} de l’équation y′=ayy' = ay sont les fonctions

x↦C eax,C constante reˊelle.x \mapsto C\,e^{ax}, \quad C \text{ constante réelle.}

Pour tous réels x0x_0 et y0y_0, il existe une unique solution vérifiant la condition initiale y(x0)=y0y(x_0) = y_0.

Vérification : si y=Ceaxy = Ce^{ax}, alors y′=Caeax=a×yy' = Cae^{ax} = a \times y. ✓ Le signe de aa décide de tout : si a>0a > 0, croissance exponentielle ; si a<0a < 0, décroissance vers 0.

Pourquoi c’est vrai ?— facultatif, à sauter en première lecture

On a vérifié que les fonctions CeaxCe^{ax} sont solutions. Mais pourquoi n’y en a-t-il pas d’autres ? Soit yy une solution quelconque de y′=ayy' = ay. Pose g(x)=y(x) e−axg(x) = y(x)\,e^{-ax}. Alors :

g′(x)=y′(x) e−ax−a y(x) e−ax=(y′(x)−a y(x)) e−ax=0.g'(x) = y'(x)\,e^{-ax} - a\,y(x)\,e^{-ax} = \big(y'(x) - a\,y(x)\big)\,e^{-ax} = 0.

Une fonction de dérivée nulle sur R\mathbb{R} est constante : g(x)=Cg(x) = C, donc y(x)=C eaxy(x) = C\,e^{ax} pour tout réel xx. Avec la condition y(x0)=y0y(x_0) = y_0, on trouve C=y0 e−ax0C = y_0\,e^{-ax_0} : une seule valeur possible, d’où l’unicité.

L’équation y′ = ay + b

Solutions de y′ = ay + b (a ≠ 0)
  1. La fonction constante x↦−bax \mapsto -\dfrac{b}{a} est une solution particulière (sa dérivée est nulle et a×(−ba)+b=0a \times \left(-\frac{b}{a}\right) + b = 0).
  2. Les solutions sur R\mathbb{R} sont les fonctions
x↦C eax−ba,C constante reˊelle.x \mapsto C\,e^{ax} - \frac{b}{a}, \quad C \text{ constante réelle.}

Là encore, une condition initiale fixe une unique solution.

C’est la forme générale « solution de y′=ayy' = ay + une solution particulière ».

Visualiser : le champ de pentes

Sans rien calculer, on peut « voir » les solutions. En chaque point (x;y)(x ; y) du plan, l’équation donne la pente qu’aurait une solution passant par là : ay+bay + b. On trace un petit segment de cette pente : c’est le champ de pentes. Une solution est une courbe qui suit ces segments partout.

Règle aa et bb, puis déplace le point bleu (la condition initiale) : la courbe solution suit le champ. Appuie sur « Lâcher la bille » pour la voir glisser le long des pentes. Avec a<0a < 0, toutes les solutions se rapprochent de la droite verte y=−bay = -\frac{b}{a}.

Le champ de pentes

Exemples résolus

Exemple 1 : le café qui refroidit

L’équation T′=−0,1 (T−20)T' = -0{,}1\,(T - 20) s’écrit T′=−0,1 T+2T' = -0{,}1\,T + 2 : c’est y′=ay+by' = ay + b avec a=−0,1a = -0{,}1 et b=2b = 2.

  1. Solution constante : −ba=−2−0,1=20-\dfrac{b}{a} = -\dfrac{2}{-0{,}1} = 20.
  2. Solutions : T(t)=C e−0,1t+20T(t) = C\,e^{-0{,}1t} + 20.
  3. Condition initiale T(0)=90T(0) = 90 : C+20=90C + 20 = 90, donc C=70C = 70 et T(t)=70 e−0,1t+20T(t) = 70\,e^{-0{,}1t} + 20.
  4. Quand le café est-il à 50 °C ? 70 e−0,1t=30  ⟺  e−0,1t=37  ⟺  t=−10ln⁡37≈8,570\,e^{-0{,}1t} = 30 \iff e^{-0{,}1t} = \dfrac{3}{7} \iff t = -10\ln\dfrac{3}{7} \approx 8{,}5 minutes.
Exemple 2 : une culture de bactéries

Une population de bactéries vérifie N′=0,7 NN' = 0{,}7\,N (tt en heures), avec N(0)=1 000N(0) = 1\,000.

  1. Les solutions sont N(t)=C e0,7tN(t) = C\,e^{0{,}7t}, et N(0)=C=1 000N(0) = C = 1\,000.
  2. Donc N(t)=1 000 e0,7tN(t) = 1\,000\,e^{0{,}7t}. Au bout de 5 heures : N(5)=1 000 e3,5≈33 000N(5) = 1\,000\,e^{3{,}5} \approx 33\,000 bactéries.
  3. Temps de doublement : e0,7t=2  ⟺  t=ln⁡20,7≈1e^{0{,}7t} = 2 \iff t = \dfrac{\ln 2}{0{,}7} \approx 1 heure.
Exemple 3 : la vitesse limite du parachutiste

En chute avec frottements, la vitesse (en m/s) d’un parachutiste vérifie v′=−0,2 v+9,8v' = -0{,}2\,v + 9{,}8, avec v(0)=0v(0) = 0.

  1. Solution constante : −9,8−0,2=49-\dfrac{9{,}8}{-0{,}2} = 49.
  2. v(t)=C e−0,2t+49v(t) = C\,e^{-0{,}2t} + 49 et v(0)=0v(0) = 0 donnent C=−49C = -49 : v(t)=49 (1−e−0,2t)v(t) = 49\,(1 - e^{-0{,}2t}).
  3. Comme e−0,2t→0e^{-0{,}2t} \to 0, la vitesse tend vers 49 m/s, soit environ 176 km/h : c’est la vitesse limite.
Les pièges classiques
  • Les solutions de y′=ayy' = ay sont CeaxCe^{ax}, et non eax+Ce^{ax} + C : la constante multiplie.
  • Pour y′=ay+by' = ay + b, la solution particulière est −ba-\frac{b}{a} : attention au signe.
  • Écris d’abord l’équation sous la forme y′=ay+by' = ay + b : T′=−0,1(T−20)T' = -0{,}1(T - 20) donne b=+2b = +2.

À quoi ça sert dans la vraie vie ?

  • Médecine légale : la loi de refroidissement de Newton, T′=k(T−Tpieˋce)T' = k(T - T_{\text{pièce}}), permet d’estimer l’heure d’un décès à partir de la température du corps, mesurée à deux instants.
  • Archéologie et nucléaire : la quantité d’atomes radioactifs vérifie N′=−λNN' = -\lambda N. Pour le carbone 14, λ≈0,000121\lambda \approx 0{,}000121 par an, d’où une demi-vie de ln⁡2λ≈5 730\frac{\ln 2}{\lambda} \approx 5\,730 ans.
  • Pharmacologie : un médicament éliminé par le foie vérifie c′=−0,35 cc' = -0{,}35\,c (en heures). Sa concentration est divisée par deux toutes les 2 heures environ (ln⁡20,35≈1,98\frac{\ln 2}{0{,}35} \approx 1{,}98) : cela fixe l’intervalle entre deux prises.
  • Électronique : la tension d’un condensateur qui se charge dans un circuit RC vérifie u′=−1RCu+ERCu' = -\frac{1}{RC}u + \frac{E}{RC} ; elle tend vers la tension EE du générateur. C’est ce qui règle le temps de recharge du flash d’un appareil photo.
  • Sport et sécurité : la vitesse limite d’un parachutiste (environ 50 m/s en chute libre à plat, 5 m/s parachute ouvert) se calcule avec v′=−kv+gv' = -kv + g.

🎯 Quiz : vérifie ce que tu as compris

  1. Les solutions de y′ = 3y sont :

  2. Quelle est la solution constante de y′ = −2y + 10 ?

  3. La solution de y′ = y avec y(0) = 4 vérifie y(x) = Cex. Combien vaut C ?

  4. Un gâteau sort du four à 180 °C dans une cuisine à 20 °C : T(t) = 160e−0,05t + 20 (t en min). Quelle est sa température au bout de 20 minutes ? (arrondie à l’unité)

  5. Une population vérifie P′ = 0,02P (t en années). Au bout de combien d’années (arrondi à l’unité) double-t-elle ?

  6. Une bille tombe dans de l’huile : v′ = −5v + 0,5 (en m/s). Vers quelle vitesse limite (en m/s) tend-elle ?

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